L’idée d’un monde parfait

  • Autrui, un soi indispensable

Qu’est-ce qui nous permet de nous définir en tant que tel ? Autrement dit, quelles sont nos premières pensées sur la question : qui suis-je ? On pense naturellement à son nom et prénom, ses caractéristiques physiques et sociales, etc. On pense donc avant tout à se définir par l’intermédiaire de critères qui nécessite un autre. A quoi sert un nom et prénom s’il n’y a personne d’autre ? A quoi sert de savoir que je fais telle taille si je suis seul ? A quoi sert de savoir que je suis riche si autrui n’existe pas ? Bref toutes ces notions perdent leurs sens dès qu’autrui est absent. Au final, la définition de soi passe par la définition d’autrui et donc par ce que je suis et ce que je ne suis pas.

  • Imperfection et multitude

De cette définition de soi par autrui, on arrive à nos différences et au fait indéniable que nous sommes tous différents les uns des autres. Il est alors impossible de trouver un plus grand commun dénominateur à l’espèce humaine qui permettrait de poser les bases d’un monde parfait. En effet, nous sommes trop nombreux pour qu’une quelconque décision puisse satisfaire tout le monde : un choix aurait beau être le plus juste possible, il y aurait indubitablement des personnes insatisfaites. Cette multitude qui est source de richesse est aussi cause d’une insatiable insatisfaction rendant donc impossible l’idée même d’un monde parfait pour l’espèce humaine.

  • L’utopie d’aujourd’hui : la démocratie

Machiavel prônait que la fin justifie les moyens. Autrement dit, si le but à atteindre est fondamentalement juste pour une majorité, il faut être prêt à sacrifier une minorité. C’est un peu le concept de la démocratie telle que l’on peut la concevoir et non telle qu’elle est actuellement. La démocratie donne le pouvoir à la majorité pour prendre les décisions qui vont donc satisfaire le plus grand nombre de personne même si c’est au détriment d’une minorité. De part notre trop grand nombre, la minorité en question n’est plus si minoritaire que ça et par ailleurs c’est une minorité de la majorité qui prend les décisions. Or, à cause de l’égocentrisme naturel de l’homme, ces décisions vont tendre à ne satisfaire que la minorité de la majorité. Vous suivez ? C’est cette situation qui est selon moi en place actuellement dans les pays considérés comme démocratiques et défenseurs de la liberté. Mais ce détournement du concept de démocratie en vient à créer des tensions qui se partagent globalement entre deux forces d’importances comparables. Cette situation induit alors un équilibre instable dans lequel nous sommes actuellement.

  • L’utopie de Thomas Moore

Aujourd’hui est l’utopie d’hier. Dans le livre de Thomas Moore dans lequel l’auteur décrit son concept d’utopie, il est question d’une petite communauté sur une île séparée du reste de la civilisation. Cette communauté partage les mêmes idées fondamentales et vit en harmonie en subvenant à ses besoins elle-même, profitant de la vie de manière simple, se contentant de la situation dans laquelle elle est. La solution serait-elle donc de former des petites communautés indépendantes dans lesquelles on retrouverait un état d’esprit similaire ? Euh… problème : si les communautés connaissent l’existence des autres communautés, le retour du concept d’autrui sera dévastateur car telle ou telle communauté aura plus ou moins de ressources de tel ou tel type, etc. L’égocentrisme humain reprendra le dessus entraînant guerres et destructions : retour à la case zéro. Il faudrait donc former de petites communautés qui ignorent l’existence des autres. De plus, il faudrait que ces communautés ne cherchent pas à explorer d’autres territoires de risque de rencontrer les autres communautés… Pas évident ! Instaurer la peur de l’inconnu n’a jamais tenu longtemps, historiquement parlant. Enfin bref… en termes mathématiques, ces communautés pourraient être comparés à des classes d’équivalence, dans le cas où ces classes formeraient bien une partition définitive de l’ensemble de l’espèce humaine.

Une solution (unique ?) serait de n’avoir qu’une seule communauté. Mais une communauté avec combien de personnes ? Et une fois le nombre déterminé, qui choisir ? Le problème ne serait-il donc qu’une question de quantité ? Peut-être… on a sans aucun doute privilégié la quantité à la qualité. A tort ?

Réflexion loin d’être terminée…

À propos de Pierre Villard

--- http://www.ange-noir.fr/a-propos/
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