Le 16 octobre dernier, Ahmed Aboutaleb, un fils d’imam arrivé du Maroc à l’âge de 15 ans, a été élu maire de Rotterdam. Il prendra ses fonctions le 1er janvier 2009. La ville, qui compte près de 600000 habitants, est la deuxième ville des Pays-Bas. La décision du conseil municipal de la ville est remarquable car Aboutaleb était un des adjoints sociaux-démocrates du maire d’Amsterdam, Job Cohen, lorsque le cinéaste Théo Van Gogh fut abattu, puis égorgé en pleine rue, le 2 novembre 2004, par un islamiste extrémiste. Aboutaleb appela la communauté marocaine à signaler aux autorités tout individu « risquant de franchir la ligne jaune » et demanda aux fanatiques de « prendre l’avion » s’ils ne voulaient pas accepter les règles de l’État de droit libéral.
Cette prise de position a provoqué quelques réactions dans la communauté musulmane mais cette fermeté affichée a ouvert les portes du gouvernement à ce pratiquant de 47 ans. C’est ainsi qu’il devient secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères en février 2007. Cela a soulevé nombre de critiques à droite comme à gauche à cause de sa double nationalité mais aussi à cause du fait que son adhésion au modèle multiculturel serait une entrave au libéralisme cher aux Néerlandais. Avec cette arrivée à Rotterdam, ville où près de la moitié de la population est étrangère, il y a de quoi relancer le débat identitaire dans le pays. « Aboutaleb est un homme intelligent, qui s’imposera, confie Job Cohen. Il ne connait rien aux affaires du port ; dans un an, il en maitrisera tous les rouages. »

