Récemment Williamson a publié une lettre pour présenter des « excuses » à propos des paroles qu’il avait tenu. Au final, il s’avère que c’est un magistral foutage de gueule qui n’est pas sans nous rappeler que des groupes acceptant, voir prônant, le fascisme et le négationnisme deviennent, par effet de mode, de plus en plus nombreux. Après deux articles sur ce sujet (Négationnisme et catholicisme ; Négationnisme et catholicisme (2)) je reviens sur ce sujet qui mérite une réaction rapide !
Il y a peu de temps, un des responsables du génocide perpétré par les Khmers rouges a été arrêté. Il passe désormais en jugement. Même si Jacques Vergès (qui a été, notamment, l’avocat du nazi Klaus Barbie) n’est pas dans les rangs de la défense de cet homme, il ne se prive pas de commenter le sujet. En effet, dans une interview au magazine allemand Der Spiegel, il a affirmé qu’il y avait de sérieux doutes sur la réalité de ce génocide.
Je me suis alors posé la question suivante : qu’est-ce qui pousse un individu à nier un crime de masse dont l’existence est pourtant évidente ? J’ai trouvé une réponse dans l’éditorial du dernier numéro de Charlie Hebdo : « une des raisons est claire ». Une personne qui approuve secrètement ce massacre, ce crime, ne peut le clamer haut et fort à cause du risque d’être condamné en justice ou, plus modestement, à cause du risque d’être exposé à la déchéance morale. Alors plutôt que de condamner ce crime, qui irait à l’encontre de ses sentiments profonds, cette personne va déplacer le débat en mettant en doute l’existence même du crime. Ainsi, il n’a pas à se prononcer, et ce n’est pas son adhésion monstrueuse au crime qui fait débat, mais le crime lui-même. Ainsi, nier le crime de masse, c’est désirer rendre possible sa répétition.
Revenons à Williamson. Il s’est excusé auprès de l’Église, mais pas auprès des Juifs. Il dit juste « mais aussi aux survivants et aux parents des victimes qui ont subi des injustices sous le IIIe Reich ». Le « mais aussi » veut tout dire… Au final il s’agit d’une lettre, ne contenant pas le mot Juif, probablement adressée pour calmer les esprits… Ce qui est clair, c’est que l’Église garde les mains dans un beau merdier. Est-ce que le Pape s’est dit que l’air du temps permettait de revenir délibérément sur les décisions courageuses de Vatican II, qui mettaient fin à l’antisémitisme dogmatique de l’Église ?
En attendant, il ne s’agit pas d’un cas isolé : Vergès, sur la scène d’un théâtre prestigieux, développe ses théories sulfureuses sous les applaudissements d’un public conquis. Dieudonné monte tous les soirs sur la scène de son théâtre pour ridiculiser les victimes d’Auschwitz, et faire éclater de rire son public en disant qu’Ilan Halimi (jeune homme torturé pendant trois semaines par Fofana) a été transformé en « panini fromage ». Les Arméniens doivent lutter pour faire reconnaitre qu’on les a bien massacrés. Bref, la mode est à la levée des tabous, et le nouveau tabou est de dénoncer justement ce phénomène. On tolère ainsi des propos qui réveillent les racismes les plus liberticides au nom d’une liberté d’expression qui n’a pour projet que de miner les lois qui garantissent les libertés.
Je vais laisser la conclusion à Philippe Val, l’éditorialiste de Charlie Hebdo. « L’édifice de nos libertés repose essentiellement sur l’exigence de quatre vérités fragiles : vérité scientifique, vérité judiciaire, vérité de l’information et vérité historique. La majorité des gens ne voient pas encore le danger. Ils pensent, et ils ont raison, que leurs idées sont normales, et qu’il n’est donc pas nécessaire de militer pour elles, et là, ils ont tort. Il faudrait penser à se réveiller, avant que ça devienne un cauchemar. »


C’est évident que c’est un fléau qu’on a du mal à faire disparaitre, mais dans un même temps, on ne peut pas faire des lois pour punir les négationnistes de tel ou tel génocides, vu le nombre de génocides qu’il y a eu et vu le nombre de massacres que l’on oublie/ne reconnais pas/ne parle pas.
Cependant, dans le cas Williamson, je suis tout de même content que l’Église refuse de lever l’excommunication tant qu’il n’aura pas retirer ses propos négationnistes (l’Église l’a séparé son cas à celui des autre évêques excommuniés), car Williamson s’est peut-être excusé mais il ne reconnait toujours pas le génocide juif!
Il y a un point très intéressant relevé dans ce commentaire, celui de la liberté d’expression et de la tolérance de certains propos. Je pense tout simplement que comme toute liberté, il y a une limite à ne pas dépasser. Mais le mieux, serait qu’on ne soit pas obliger de faire des lois pour fixer cette limite, on devrait de nous même ne pas avoir de propos racistes,etc.
C’est pour cela qu’à mon avis, le seul moyen efficace de lutter contre le négationnisme, c’est l’éducation, par les parents et l’école.
>> Non effectivement, on ne peut pas faire de lois. Cela serait contre-productif.
>> Je ne suis pas convaincu de la bonne volonté de l’Église… j’ai peur qu’il ne s’agisse que d’un revirement temporaire pour calmer tout la furie médiatique qu’il y a autour de cette affaire.
>> Il est clair que la liberté d’expression ne doit pas tout permettre. A vrai dire il faut interdire les comportements qui, au nom de cette liberté, visent justement à limiter cette liberté : c’est le cas avec le négationnisme.
>> Nos parents peuvent nous dire de ne pas fumer, on peut voir des messages de préventions contre le tabac toute la journée, et pourtant des gens fument… (c’est le seul exemple simple que j’ai trouvé en dix secondes). Je pense que cela ne passe pas uniquement par l’éducation en bas âge, mais aussi par la revendication continuelle de nos idées. Comme je le cite à la fin de mon article : il faut militer même si ces idées paraissent normales. Car justement… la normalité de ces idées fait que l’on ne s’y arrête plus avec attention alors même qu’elles sont menacées.
Je sui plutôt d’accord avec toi Racmar pour dire que l’éduction à l’école et par les parents peut faire changer les choses. Il nous faut inculquer aux futures génération de bonnes notions morales en se servant de notre connaissance de l’histoire et des conséquences que chaque idée peut avoir sur l’avenir.
Cela revient aussi à éviter que des actes comme le négationisme t le fascisme deviennent courant et « normaux, banals ».