Cela fait déjà plusieurs jours que je réfléchi à cet article, c’est d’ailleurs après beaucoup de « ratures » et de réajustements que vous livre cette version aujourd’hui. Loin de moi la prétention de répondre à cette question qui peut paraître insoluble puisque tout est relatif. Non, je me contente ici de rassembler quelques faits, de les considérer de mon point de vue et d’élargir la question initiale à d’autres questions pour lesquelles il est encore plus délicat de répondre. Mais, pour vous donner envie de lire cet article (plutôt long j’en conviens), j’arrive finalement à donner mon point de vue sur la question donc la lecture n’est pas totalement inutile ! Ceci dit, j’attends évidemment vos avis sur mon raisonnement.
Dans l’époque où nous vivons, on parle de plus en plus souvent de crise identitaire, de mélange culturel, et même de communautarisme. Cette évolution du visage de la société française (oui, il faut préciser que je me limite au cadre de la France), s’est vue la source de nombreux changements. Les humoristes, les caricaturistes, bref les gens du monde du rire, de la critique, du pamphlet, de la satire ont des limites de plus en plus réduites à ne pas franchir. Est-ce justifié ? Finalement, peut-on rire de tout ?
Afin de suivre une démarche un minimum logique dans mon raisonnement, je vais suivre un plan comme dans une bonne vieille dissertation de français. Je vais d’abord parler de liberté d’expression, puis revenir sur les enjeux et les difficultés de l’humour, avec ensuite une analyse rapide des tensions actuelles, pour enfin livrer ma conclusion.
1. La liberté d’expression
Ce concept de liberté d’expression est protégé dans un bon nombre de textes législatifs. Cette liberté est tellement connue de tous qu’on l’invoque à la moindre occasion sans trop savoir ce qui se cache derrière. En effet toute liberté engrange des devoirs, on ne saurait donc se limiter au terme de liberté : il faut aller plus loin.
Dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, à l’article 11, on peut lire :
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
Il y a donc liberté sous certaines restrictions prévues par la loi.
De même, elle est citée à l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme comme suit :
« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »
Enfin, si l’on se tourne vers la Convention européenne des droits de l’Homme, on a :
- « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d’autorisations. »
- « L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. »
Voilà, un premier point de réflexion : qu’est-ce qui constitue des mesures nécessaires à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime ? Est-ce que faire une critique acide sur M. Le Pen constitue une atteinte à la prévention du crime ? Est-ce que les idées du Front National ne sont pas une atteinte à l’intégrité nationale ?
Un procès revenant sur le même genre de question fait désormais office de jurisprudence dans le domaine :
Cour Européenne des Droits de l’Homme, 21 janvier 1999, n°29183/95, Fressoz et Roire c. France : « La liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels, il n’est pas de « société démocratique ». »
Par conséquent, même les idées qui heurtent, qui choquent, qui inquiètent sont couvertes par la liberté d’expression au nom du respect de la démocratie. Ok. Mais n’y a-t-il pas contradiction : des idées peuvent heurter et choquer tout en allant à l’encontre de l’intégrité territoriale. Dans ce cas, il faut se reporter aux situations clarifiées par la loi… Enfin, même si nul n’est censé ignorer la loi, c’est pas évident !
Par exemple, le négationnisme est puni par loi. Il en va ainsi de la diffamation et de l’injure :
« Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l’identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés. Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure. »
On peut aussi relever le racisme :
« La provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, la diffamation et l’injure à raison de l’origine ou de l’appartenance raciale, ethnique, nationale ou religieuse, l’apologie et la contestation des crimes contre l’humanité. L’auteur de paroles, écrits ou images à caractère raciste est punissable lorsque les attaques incriminées s’adressent par tout moyen de communication au public, y compris par internet, quand bien même le site serait basé à l’étranger, à condition que le propos litigieux soit diffusé en France. »
Bref, si l’on ne sait pas : se reporter au code pénal… Bon… enfin même en tenant compte du cadre pénal, on n’est pas sans savoir que la loi n’est pas une ligne bien droite et bien définie : sinon il y aurait beaucoup moins de procès ! Par exemple, regardons l’affaire Siné. Pour rappel, Siné était un journaliste de Charlie Hedbo qui, lors des dernières vacances d’été, a fait un article sur les fiançailles entre Jean Sarkozy et la fille de la famille Darty suite a une information donnée par Patrick Gaubert, président de la Licra, au journal Libération. Cette chronique est dénoncée comme « antisémite » par Claude Askolovitch. Il est renvoyé de la rédaction du journal par Philippe Val afin d’« éviter un procès ». Bien que d’autres arguments furent apportés à cette décision de Philippe Val, soupçonné de trouver ici une occasion de se séparer de quelqu’un qu’il n’apprécie pas, il y a eu un procès : le 24 février 2009, il est relaxé à Lyon, les juges considèrent que Siné avait usé de son droit à la satire.
Bref la situation est compliquée car la loi ne clarifie pas vraiment la situation, au contraire. Du coup, à chaque parole pouvant être rattachée à du racisme, à de la diffamation, etc, on s’expose à la possibilité que quelqu’un nous attaque en procès. Donc, nouvelle question : est-il possible pour la loi de clarifier les choses ou au contraire cela relève-t-il du cas par cas ? Je penche bien sûr pour la deuxième option (selon moi, rien ne peut être traité de manière générale sans entraîner erreurs et complications à un moment ou à un autre) mais traiter cas par cas serait vraiment très lourd… c’est d’ailleurs ce que l’on peut observer actuellement. Je pense par exemple à la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo : un groupement d’associations a lancé une attaque en justice pour essayer d’empêcher la sortie du numéro dans les kiosques. Bien entendu, et heureusement, la parution s’est déroulée normalement mais s’est tout de même suivie d’un lourd et médiatique procès. Dans le cas présent, les personnes visées par les caricatures étaient les intégristes associés au terrorisme : bref, aucune charge retenue à l’encontre du journal. Tout ceci pour dire que des procès peuvent être lancés à tout va, refroidissant ainsi les ardeurs de ceux qui jouent sur ces problèmes de société. C’est ainsi que j’en viens au monde de l’humour.
2. Humour et société
Je suis obligé de parler en premier lieu de Pierre Desproges. Pour rappel, c’était un humoriste français qui est décédé en 1988 à l’âge de 49 ans. Bon et bien, disons les choses clairement : il a fait des spectacles où certains de ses propos étaient vraiment limites, mais vraiment. Par rapport à ce que l’on peut lire aujourd’hui, ce serait vraiment du racisme caractérisé. Pour autant, il n’a pas été interdit de scène, et c’était un très grand humoriste. Il disait d’ailleurs que « l’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Premier élément de réponse à notre question ? Mais bon, c’est un peu facile comme réponse… pour ceux qui vivent de la satire comme les dessinateurs, ils ne peuvent pas travailler en prenant en compte le fait que n’importe qui va pouvoir juger leurs dessins. Donc au final, ils ont le sentiment qu’ils ne peuvent plus rien dessiner sereinement. C’est tout du moins ce que j’écoutais lors d’un débat récent sur Europe 1. Ainsi suite à un dessin de Plantu, ce dernier se faisait traiter d’antisémite dans la rue. Du coup il règne un sentiment du « on ne peut plus rien dire ». D’un côté, cela permet d’imposer un certain contrôle sur ce qui est publié pour éviter les dérives, mais la loi n’est-elle pas censée remplir ce rôle ?
Alors on peut déplacer le débat sur les fondements même de l’humour, de ce qui est drôle… « On peut rire de tout, oui, mais à condition d’être drôle », voilà vers quoi l’on pourrait se diriger. L’enjeu est là, et il est de taille. Doit-on se moquer des autres, les caricaturer pour rire ? Le comique ne peut-il fonctionner qu’au détriment d’un autre ? Il est assurément difficile de définir la limite entre le « drôle » et le « pas drôle » : question d’affinité. Ce qui fait rire les uns peut laisser froids les autres, voire les offusquer. Le comique doit alors respecter des contraintes : « on peut rire de tout, mais pas n’importe où et pas n’importe quand », pourrait-on suggérer. Ceci dit, on a vu que pour un dessinateur, cela relève de l’impossible. Cependant, c’est avant tout la subtilité du comique qui légitiment l’humour, même le plus osé.
Ainsi quand Pierre Desproges imite Adolf Hitler, quand Plantu caricature sans retenue M. Le Pen, quand le populaire Jamel Debbouze égratigne ouvertement Bernadette Chirac, les bornes sont peut-être franchies, d’un strict point de vue juridique, mais tout le monde rit avec eux. Question de talent ? C’est surtout, je pense, une envie de ne pas exclure, de considérer l’humour comme un acte rassembleur, que la loi respecte alors au plus haut point. Car, c’est sûr, lorsqu’il est déclenché pour tous, le rire protège de tout et de tout le monde. Ce serait donc « on peut rire de tout, mais à condition que tout le monde rit ». C’est sur cette option que j’en viens à ma dernière partie : dans le cadre de la société actuelle, est-il possible de faire de l’humour universel ?
3. Humour et différences
Comme je le disais au début, la société française est chaque jour plus riche de ses différences. Mais cette multiplicité dans les masques de la société semble rendre impossible la tâche qui est de faire rire tout le monde. Toutes les formes d’humour, involontairement ou avec subtilité plus ou moins marquée, se fondent au détriment d’un autre : je parle bien sûr de l’humour qui portent sur les problèmes de société. Ainsi même si cela se fonde au détriment d’un groupe que la très grande majorité des gens désapprouve (les fascistes par exemple), il y a attaque, verbale ou écrite, de ce groupe.
Il apparait intrinsèquement deux possibilités. D’une part un humour qui se fonde sur un groupe pas si désapprouvé qu’il n’y parait, voir pas du tout (les Juifs avec l’affaire Siné par exemple) et il s’en suit des affaires juridiques compliquées ce qui permet dans de tels cas d’imposer un certain contrôle dans les limites ambiguës de la loi ; bref ça devient du cas par cas. D’autre part la possibilité, beaucoup plus courante, que l’humour soit mal interprété (l’affaire des caricatures).
Revenons sur ce dernier exemple. Les caricatures de Mahomet prenaient pour cible les intégristes musulmans en dessinant le prophète avec une bombe. Ceci dit, certaines personnes, fondamentalistes, se sont offusquées d’un soi-disant amalgame, d’un blasphème. Ces personnes se sont alors portées à la tête d’un groupe pour attaquer le journal. Je vais juste faire deux remarques : d’une part, dire qu’il y amalgame entre terroristes et musulmans est véritablement prendre pour des cons la très large majorité des musulmans et même des gens en général, d’autre part, on ne peut parler que de blasphème que si celui qui est accusé de cet acte est lié par la foi à la religion visée (c’est d’ailleurs pourquoi certains tentent de faire passer à l’ONU un amendement pour pouvoir condamner, de manière législative, le blasphème, ce qui serait, de mon point de vue, un véritable danger). Ce que je veux dire, c’est que dans ce deuxième cas, les personnes visées essayent de retourner l’opinion publique pour crier à la diffamation, au racisme, etc.
Bref, dans une société de plus en plus individualiste, on perd de plus en plus le sens de l’humour… La loi qui n’est pas, et qui ne peut pas être claire étouffe, à renfort de nombreux procès, ceux qui vivent de la satire, de la caricature, etc. Pour autant la loi est nécessaire puisque les spectacles de Dieudonné sont on ne peut plus scandaleux, d’autant plus lorsqu’il donne la parole à un négationniste notoire sur une scène d’un zénith. Bref, comme dans tous les problèmes, trouver un juste milieu est extrêmement délicat.
On trouve ainsi deux pôles extrêmes :
Le premier, c’est celui qui condamne l’humour au détriment d’autrui. C’est donc la fin de la caricature, et de l’humour dans sa forme actuelle. C’est aussi et surtout une façon détournée de supprimer l’intérêt de la liberté d’expression. Bref, cela va à l’encontre de toutes les conventions existantes. Mais pourtant, la loi permettant de débattre de n’importe quel cas rend délicate la pratique de l’humour acidulé. C’est donc, de mon point de vue, vers ce pôle que l’on se dirige même si on est encore loin d’une telle extrémité symbolisée par la censure. Mais bon, on n’en est pas si loin : le comédien Arthur, aussi mauvais soit-il, ne devrait pas se voir empêché de faire ses spectacles du fait qu’il soit juif !
Le deuxième, c’est de ne condamner aucun propos. Que la loi n’offre aucune demi-mesure à la liberté d’expression. Chacun peut dire ce qu’il veut. Les négationnistes sont libres d’exprimer leurs pensées (cela amènerait sans aucun doute de belles surprises !). Le racisme et la diffamation ne sont plus condamnables. Bon je vous l’accorde, c’est difficile de concevoir une société basée sur un tel fonctionnement (y a-t-il des exemples historiques ?). Comment un tel système pourrait-être viable ? En ne prenant pas les gens pour des cons : en considérant que les gens sont capables de prendre avec le sourire des remarques, même désobligeantes. Bon, je vais peut-être un peu trop loin là, non ?
En effet qu’est-ce qui empêche les gens de prendre, dans la situation actuelle je veux dire, avec le sourire ce qui est censé faire rire ? Et ce, même si cet humour les prend pour cible. Cela serait faire preuve d’intelligence que de ne pas prendre au premier degré des paroles ou des dessins à vocation humoristique qui nous concernent. Bref l’humour doit être considéré pour ce qu’il est et non pour ce qu’il dit : c’est une blague ! Et ce même s’il n’est pas question de rire à toutes les blagues, car comme je disais plus haut, c’est une question d’affinités.
Alors… peut-on rire de tout ?
Il n’est certainement pas possible de répondre oui à cette question. Par ailleurs le « tout » présent dans la question fait de cette dernière une question totale à laquelle on doit répondre par « oui » ou par « non ». Donc de mon point de vue, on ne peut pas rire de tout, même si le rire ne signifie par forcément un dédain total par rapport à ce qui est visé. Les gens sont fondamentalement différents, et une blague ne fera jamais l’unanimité. Ainsi, un « humour universel », autrement dit un humour qui ne se fonde pas au détriment d’un autre et qui permet de faire rire tout le monde, n’est pas envisageable. Et n’est pas souhaitable de mon point de vue : les discours caustiques et les images tendancieuses peuvent faire bouger les choses et sont un moteur de l’expression démocratique. Alors plutôt que d’envisager un « humour universel », je m’amuse à imaginer une prise de conscience universelle. J’entends par là que même si l’humour est un vecteur de messages forts et que cela peut être dangereux (Dieudonné est en un très bon exemple), les gens doivent bien avoir conscience que cela reste de l’humour et que cela doit être considéré comme tel.
Ainsi les caricatures de Mahomet ne sont pas des dessins qui pourraient faire croire aux gens que les musulmans sont des terroristes, car si des personnes venaient à penser de telles bêtises après la publication des caricatures, un tel degré de connerie ne pourrait être attribué à de malheureux dessins… cela serait plutôt le fruit d’un malaise social bien plus profond que les dessins ne feraient que raviver (au plus grand plaisir des intégristes qui sautent sur l’occasion pour attirer de nouveaux membres). Et c’est là où je veux en venir pour finalement conclure cet article (oui vous arrivez à la fin, tenez bon !) : le monde de l’humour est un excellent baromètre de l’état de la société. Le grabuge suite aux caricatures peut être imputé à la montée du communautarisme, les spectacles de Dieudonné ne sont pas le seul endroit où l’on tient ouvertement des propos négationnistes (épisode avec Mgr Lefebvre), l’affaire Siné peut s’associer au malaise de la société vis-à-vis des riches et de l’argent en général (surtout en cette période crise).
Bref, à partir du moment où l’humour ne passe pas, que cela coince et que ça fait un foin médiatique, cela veut dire qu’il y a malaise. Dans le cas contraire, les personnes visées ne se seraient pas attachées une seconde à cette pointe d’humour. Donc finalement… la situation actuelle à l’avantage de mettre en relief les problèmes de la société. Le risque est justement de ne pas voir les choses de cette manière (vois-je les choses correctement ?) et de condamner l’humour sous toutes ses formes pour au final ne pas régler l’origine réelle des problèmes qui eux sont réellement graves et profonds.


Tout d’abord merdi de montrer que les dissertations faites ne servent pas à rien, c’est très bien écrit (même si j’aurais pas choisi le même plan ^^)
Mon premier point de reflexion est sur le racisme et les propos racistes. L’interdiction de tenir des propos racistes fait partie « des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale »
Ainsi comme toute loi, je me suis posé la question, cette interdiction est-elle efficace, atteint-elle son but? Ou est-ce que au contraire, quand on condamne Jean-Marie Le Pen a 200k€ pour avoir dit que « les chambres a gaz ne sont qu’un détail de l’histoire » on l’aide justement a promouvoir ses idées, puisque le débat étant avorté cela ne fait que conforter ses electeurs qui sont quand même environ 10%, donc malheureusement pas juste quelques petits groupes isolés.
Est-ce que les gens peuvent se dépasser le stade du « le négationisme c’est caca! » quand on empeche ceux qui le sont de s’exprimer, et donc de se rendre compte (et de nous faire remarquer) de l’absurdité de leurs paroles et de leur point de vue. En tout cas je ne pense pas être capable de debattre sur un tel sujet, puisque je n’ai enore jamais eu l’occasion de le faire, et que je ne connais absolument pas leurs arguments.
(Pour le lien avec les êveques qui sont rejetés je trouve cela différent puisque l’Eglise, comme un parti politique, défend des valeurs morales et que l’Eglise et le négationnisme ne me semblent pas compatibles, donc je ne defend pas leur reintegration, bien au contraire. SI ils étaient virés d’une entreprise, là ça m’aurait paru être une discrimination scandaleuse.)
Vous l’aurez certainement compris, je suis proche du deuxième point de vue, qui est de ne condamner aucun propos. J’emmet toutefois une limite qui est le respect des personnes, autrement dit je suis pour la condamnation des injures (raciste et homophobes par exemple), diffamations qui pourraient causer du tort, mais pas les propos qui s’inscrivent dans un cadre de « reflexion » sur notre société, même si je suis hostile a ces idées. Il y a d’autres idées que les discriminations auxquelles je suis profondément hostile, et c’est précisémment parceque je les ai entendues que j’y suis hostile ( et que je sais pourquoi je le suis ^^). Reste à définir les limites de ce cadre précisément, mais là je pense que ça rejoint le cas par cas.
Quand à l’humour je pense que la limite sur le plan humoristique doit être celle jusqu’à laquelle on est près a se moquer de soi. Quand on est capable de se moquer de soi, de ses convictions, alors on peut se moquer des convictions des autres, car on connait la limite que l’on ne voudrait pas voir dépassée.
Autre point de reflexion, est-ce que l’humour n’est pas lié à la porvocation? Est-ce que un sujet qui est sensible sera caricaturé plus qu’un autre, justement parcequ’il est sensible, et qu’il est toujours plus drôle de voir quelqu’un mal réagir a une blague que de la prendre bien?
Exemple : le gag de la porte transparente qu’un type se prend. Qu’est ce qui nous fait vraiment rire? Le voir se prendre une porte et se faire mal ou le voir en colére après cette foutue porte? Pour moi c’est sans conteste la deuxième solution. C’est certainement pour ça que l’humour connait autant de dérives, voir quelqu’un dépasser la limite a tendance a nous amuser.
Voilà mon avis, n’hésitez pas à me critiquer car ça n’est pas un sujet dont j’ai l’occasion de parler souvent, et donc j’aimerais bien voir les limites de mon point de vue pour l’améliorer ou en changer.
bonsoir je suis un rieuse nee j’arrive a rire a longueur de journee et j’arrive a me maitriser dans certain cas mais sachez que rire est un bien en soit il apporte beaucoup aux autre et a vous meme ,il faut arreter de chercher si oui ou non on peut ou on peut pas je pense cahque eprsonne a des attitude controle ou non adapte ou pas selon les situations ,chacun est different dans ses reaction face une situation donnees…on ne peut juger les gens qui rit meme au moment ou pour d’autre ca parait triste tout se passe dans un controle des emotions qui se gerent au plus profond je pense alors moi je dis souriez quand vous en avez envie besoin et meme si ca parait deplace car un sourire passe toujours mieux que des cris des insulte ou meme des larmes ……… »un sourire ne coute rien mais donne et apporte beaucoup c’est ce qu’il y a le plus de valeur aujourd’hui un sourire »…..
Salut taupindu91, merci de ton commentaire
>> Comme toi, je suis plus tenté par une liberté d’expression sans demi-mesure. Seulement cela ne peut marcher que si les gens prennent le temps de réfléchir sur les propos qu’ils entendent et qu’ils formulent : il y a une nécessité de prise de recul. Seulement, sans aller jusqu’à prendre les gens pour des cons, il y a des personnes plus influençables que d’autres. Voilà donc le risque. Des idées que nous serions prêt à laisser s’exprimer pour mieux montrer l’absurdité de la chose pourraient rassembler des personnes qui, auparavant, n’avaient pas l’occasion de les entendre. Peut-être est-ce un risque à prendre, je ne sais pas. Quoiqu’il en soit cela irait dans le sens d’une plus grande « responsabilisation » des gens…
>> « Quand à l’humour je pense que la limite sur le plan humoristique doit être celle jusqu’à laquelle on est près a se moquer de soi. Quand on est capable de se moquer de soi, de ses convictions, alors on peut se moquer des convictions des autres, car on connait la limite que l’on ne voudrait pas voir dépassée. » J’aime beaucoup cette idée d’un humour « rétrospectif » qui ne serait pas égoïste. Ceci dit, les professionnels de l’humour font sans aucun doute de l’humour tout en acceptant l’idée de recevoir un humour semblable à leur encontre. Mais les lecteurs des journaux satyriques, eux, ne sont peut-être pas prêts pour cela : d’où un sentiment de « on ne peut plus rien dire ».
Pour ce qui est de ton raisonnement sur l’humour lié à la provocation, tu n’as pas tort. Pourquoi rit-on ? Justement, c’est là où l’humour se doit d’être subtil : il ne faut que ça en vienne à faire rire de façon malsaine… mais après qu’est-ce qui est malsain ? Encore une fois, cela dépend de la capacité de recul des gens. Il y a des personnes qui vont regarder un film d’horreur et avoir du recul pour distinguer les choses, et d’autres qui ne vont pas avoir de recul et qui vont ensuite aller tuer deux trois personnes dans la rue… Au final, il faudrait de l’humour au cas par cas… mais c’est impossible d’où des dérives.
Salut pierre c est par un heureux hasard que j ai decouvert ce site et je tenais a t en feliciter.je dois avouer que c est avec un grand interet que j ai lu cet article ,par ailleurs bien ecrit,moi je voudrais plus reagir sur le deux poids deux mesures qu il peut y avoir dans la facon de juger certains billets d humeur .je pense que le cas dieudonne en dit long .je ne dis pas que je partage ses affinites politiques loin de la mais j aime bien son humour .D ailleurs je le conaissais pas avant qu un ami le fustige devant moi ce qui m a pousse a me faire ma propre opinion sur lui .il me semble qu il s est enferme dans un combat ,de son point de vue tout a fait legitime ,contre ce qu il appelle le sionisme on peut etre d accord avec lui ou pas c est pas tant la question,bref,le point que je voulais mettre en avant c est qu on a de plus en plus tendance a etre choquer.c est comme si on agissait que pour nous trouver des limites et je trouve une tendance exagerer,de mon point de vue ,de taxer trop souvent certains faits d antisemitisme qui pousserait a croire a une paranoia.et pour terminer je pense de plus en plus les contours du champ de la liberte d expression se voient retricir.oui je partage les dire de Desproges
Je voudrais juste signaler une chose à propos des caricatures. Etant musulman je peux comprendre que l’on soit offusqué. En effet, ce qui choque c’est la caricature du prophète avec une bombe et c’est normal, car chez les musulmans le prophète est une chose sacrée qu’il nous ait interdit de représenter. Voir notre guide spirituel, celui pour qui nous avons tant d’admiration représenté stupidement avec une bombe sur la tête faisant donc l’amalgame : prophète = terroriste, est véritablement choquant.
C’est un manque de respect et ne pas comprendre cela est juste un manque de compréhension ou/et d’intolérance. En fait, je ne dirais rien si il n’y avait pas un deux poids, deux mesures avec en parallèle l’affaire Dieudonné. Si on est si attaché à la liberté d’expression, qu’on le montre pour tout, pas en choquant seulement une communauté qui a déjà du mal avec les préjugés et donc à s’adapter.
Je profite d’un rapide passage sur internet, au milieu de mes révisions, pour répondre aux deux derniers commentaires.
> laye :
Je suis entièrement d’accord avec toi. Pour faire une petite parenthèse sur Dieudonné, ce qui me dérange particulièrement, c’est qu’il donne la parole à un négationniste sur la scène d’un zénith. Bon sinon, je suis d’accord que l’on a tendance à « stériliser » le dialogue en s’offusquant devant tout ce qui dépasse. D’où mon interrogation : faut-il tout contrôler ou tout autoriser, ma conclusion est qu’il est préférable de tout autoriser car ça à l’avantage de mettre à jour les problèmes de société.
> R.Z. :
Moi je trouve que justement les caricatures ne devraient pas choquer… enfin c’est mon avis et je n’ai certainement pas le meilleur point de vue étant athée. Je pense que l’image étant véritablement là dans le but de faire rire, on écarte de suite la possibilité d’un amalgame. Car ceux qui en voient un sont vraiment « à cran » sur les questions qui touchent leur religion… c’est au contraire faire preuve d’intelligence que de prendre avec le sourire cette image tout en sachant pertinemment que ce sont les terroristes, utilisant l’intégrisme religieux, qui sont visés… Mais pour ce qui est du deux poids, deux mesures, je suis d’accord avec toi.
C’est facile de prendre du recul quand on n’est pas concerné, alors qu’on manque peut-être d’objectivité quand on est explicitement visé. C’est là où se situe tout le problème…
Le problème c’est que ces caricatures n’étaient pas là pour faire rire, elles étaient là pour créer la polémique. De toutes les façons Charlie Hebdo ne s’en cache pas, ils le savaient très bien.
Ce qui est déroutant est comme je l’ai dis l’autre jour, avec le sketch de Dieudonné qui choque les sionistes et là d’un coup c’est la censure et quand on choque la communauté musulmane il y a débat. Faut arrêter de prendre les gens pour des cons…
Tu vois, si on pouvais tout dire sur tout il n’y aurait pas de problème chez moi. Si c’est les règles, alors appliquons les. Mais voir qu’on les applique pour les uns et pas pour les autres, c’est gênant d’un point de vue moral.
Et puis prophète avec une bombe sur la tête, dur de pas faire l’amalgame sachant qu’il représente l’islam. C’est une communauté qui est déjà assez mal médiatisé, et on en rajoute encore et encore.
(Désolé pour le double post.)
Pas de problème pour le double post.
« De toutes les façons Charlie Hebdo ne s’en cache pas, ils le savaient très bien. »
Je ne suis pas d’accord avec ça. Ils refusaient de revenir en arrière certes, mais ils ne voulaient pas créer d’amalgame, il n’y a qu’à voir les interviews télévisées de Philippe Val ou de regarder le film qu’il y a eu sur le sujet.
Sinon, la bombe sur la tête veut dire que l’islam est utilisé comme vecteur de propagation du terrorisme par les intégristes. Cela veut donc dire que « l’islam est détourné pour le terrorisme » et non « l’islam est le terrorisme ».
Pour ce qui est de Dieudonné, je suis d’accord avec toi (la seule chose qui me gêne sensiblement avec lui, c’est qu’il donne la parole à un négationniste). Mais encore une fois, je reconnais que c’est plus facile à dire qu’à faire.