Justice internationale – Affaire Polanski

Cela fait longtemps que je n’ai pas posté d’article dans la catégorie « Réflexions », mais voici une occasion de me rattraper. Je veux faire référence à l’Affaire (avec un grand A) Polanski. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça fait couler de l’encre… que ça remue également la merde aux alentours (je pense aux récents évènements Mitterrand). Bref, c’est l’occasion de se poser des questions. Il y a matière à réfléchir.

Petit retour sur l’affaire Polanski en elle-même. M. Polanski, Roman de son prénom, est un très grand réalisateur polonais. On lui doit notamment le chef d’œuvre du septième art qu’est Le Pianiste. Bref, c’est une pointure dans son domaine. Seulement, il y a un peu plus de trente ans, le 10 mars 1977, Polanski a eu une relation sexuelle avec une mineure ce qui a donné suite à un procès.  Polanski a plaidé coupable pour la relation sur mineure mais pas pour le viol (sous-entendant qu’elle était consentante). Voici un extrait du rapport de l’officier de probation du 19 septembre 1977 :

« In the late afternoon hours of March 10, 1977, according to the 13 year old female victim, the defendant took her to the home of actor Jack Nicholson, 12850 Mulholland Drive, to take pictures of the minor for the french edition of Vogue Magazine. While at the residence the defendant furnished champagne and, as alleged in count I, quaaludes to the minor, and, as alleged in count V, performed cunnilingus on her, accomplished an act of sexual intercourse, and, as alleged in count VI, performed an act of anal intercourse. »

Incarcéré 47 jours pour passer des tests psychiatriques, il est ensuite libéré sous caution en attente du procès. Mais avant ce dernier, il part pour la France dont il possède la nationalité depuis 1976. Des demandes d’extraditions sont alors adressées aux pays avec lesquels les États-Unis ont signé une convention d’extradition : en mai 1978 au Royaume-Uni, en décembre 1986 au Canada, en 1988 en Allemagne, au Brésil, au Danemark et en Suède, en octobre 2005 en Thaïlande et en 2007 en Israël. Cependant toutes ces tentatives ont été vaines.

Samantha Geimer, la victime, a souhaité revenir dans l’anonymat et a exprimé depuis son désir d’abandonner les poursuites contre le cinéaste. Celle-ci est sortie du silence à deux reprises : en 2003 pour écrire à l’Académie des Oscars et dire aux votants qu’il fallait juger l’artiste et non l’homme en lui-même à propos du film Le Pianiste et en 2008 en apparaissant à la première du documentaire de Maria Zenovich, Roman Polanski: Wanted and Desired, réitérant pour l’occasion son souhait de délaisser toute procédure à l’encontre du réalisateur pour éviter de revivre ce traumatisme et pour protéger ses enfants.

Le 26 septembre 2009, alors qu’il se rendait à un festival de cinéma en Suisse afin d’y recevoir un prix pour l’ensemble de sa carrière, il est arrêté par la police à Zurich sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis en 2005. Cette arrestation surprenante (plus de 30 après les faits) aurait d’ailleurs probablement été causé par certaines démarches récentes (fin 2008) des avocats de Polanski pour abandonner la totalité des charges à son encontre.

Très rapidement des représentants importants de la France (et d’autres pays) sont venus en soutien vers le réalisateur. Frédéric Mitterrand : « c’est totalement injuste », « histoire ancienne qui n’a pas vraiment de sens », « cinéaste de dimension internationale ». Je n’en sais pas vraiment plus concernant le viol en lui-même… mais que ce soit un cinéaste talentueux ou le boulanger du coin ne doit rien changer concernant sa responsabilité devant la loi. Par ailleurs parler d’injustice me semble extrêmement scandaleux vis-à-vis de la victime même si celle-ci souhaite aller de l’avant et oublier cette histoire.

Il y a eu également d’autres soutiens : Kouchner, Lefebvre, et un paquet d’autres personnes (il n’y a qu’à ouvrir les journaux des derniers jours). Il semblerait d’ailleurs, d’après Mitterrand, que Sarkozy suit de très près le dossier et en parle avec Obama. Quand on connait la conception de la justice aux États-Unis, je doute que cela soit vraiment dans ses intérêts… Ceci dit, le 28 septembre dernier, le Los Angeles Times, s’étonnait également de cette arrestation avançant qu’il y avait plus important que des affaires de cette sorte.

Enfin voila… toute cette affaire peut nous amener à poser quelques questions sur l’efficacité de la justice. Dans un premier temps, le système de libération sous caution. Son intérêt ? N’est-ce pas une porte ouverte à ce genre de dérives pour les gens ayant des moyens ? Enfin, à la rigueur, je n’ai pas grand chose contre son système. Il doit avoir son utilité. Le plus gros problème est un manque aberrant d’harmonisation de la justice entre les pays, et plus encore, de coopération.

Encore quand il s’agit d’un trafiquant de drogue qui passe la frontière mexicaine et qui se planque pour ne pas être condamné aux États-Unis, je veux bien croire que ce soit délicat. Mais quand il s’agit d’une figure publique telle que Roman Polanski, qui ne se cache pas, bien au contraire, il ne devrait pas y avoir de problème judiciaire entres les pays, et encore moins des pays de l’Union Européenne. Je sais qu’il existe des lois et des accords entres les pays en ce qui concerne les extraditions mais il semble clair qu’une remise en question de ces bases de justice internationale est nécessaire !

On a une cour pénale internationale qui s’occupe des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité. Il serait peut-être temps d’élargir les compétences de cette structure. Cela pourrait être intéressant, ne serait-ce que pour redonner un peu de crédibilité à l’ONU. Dans un monde où l’on voyage de plus en plus facilement et de plus en plus souvent, on est en droit d’attendre une justice juste partout où l’on se rend (ou au moins avec des pays au niveau de développement comparable).

À propos de Pierre Villard

--- http://www.ange-noir.fr/a-propos/
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Une réponse à Justice internationale – Affaire Polanski

  1. Le_Bateleur dit :

    « Une affaire de mœurs vieille de trente ans » : voilà le terme employé par les medias dominants pour parler d’un homme de quarante ans qui drogue une gamine de treize ans dans le but de la sodomiser (et accessoirement fuir la justice étatsunienne).

    Imaginez-vous le frétillant Jack Lang, la main sur le cœur, défendre Emile Louis, «grand conducteur de bus », « victime d’une offensive populiste », arguant que sa victime de treize ans « en faisant plutôt 25 » ? Ce sont pourtant les arguments que j’ai entendus proférer par les défenseurs de Polanski …

    « Selon que vous serez puissant ou misérable,
    Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » disait J. de La Fontaine…

    Que des « artistes » et autres peoples désœuvrés viennent au secours de M. Polanski, il fallait s’y attendre (ce genre de pratique ne les a jamais choqués(*) – ils ne tolèrent simplement pas leur démocratisation), mais que des ministres (d’un gouvernement prônant la tolérance zéro ! ) entrent dans la danse, voilà qui est inquiétant…

    (*)je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette tribune : regardez bien la liste de ses signataires : http://penseespolitiques.over-blog.com/article-11882050-6.html

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