La guerre de l’administration Obama contre les informateurs – qui est un des points importants pour comprendre ce qui se passe réellement aux États-Unis – continue de s’intensifier. Le mois dernier, le département de la justice américain a annoncé qu’il avait obtenu une mise en accusation contre Thomas Drake appartenant à la NSA qui avait dénoncé d’importants gaspillages d’argent éventuellement illégaux. Ensuite, le département de la justice a renouvelé une demande de l’ère Bush à Jim Risen du New York Times demandant l’identité de sa source qui révéla une extrême maladresse dans un effort dommageable de la CIA pour infiltrer le programme nucléaire iranien. Maintenant, comme le rapporte Josh Gerstein, un linguiste du FBI qui dénonça ce qui lui semblait être des actions contrevenantes à la loi est sur le point de recevoir une peine de prison qui « deviendrait la plus longue peine de prison décidée contre un employé du gouvernement accusé d’avoir transmis des éléments relevant de la sécurité nationale aux médias ». Comme Josh Gerstein l’explique :
Cela reflète un étonnant développement : le département de la justice du président Obama s’est positionné sur la ligne dure contre les informateurs, et le président Obama a lui-même exprimé sa colère à propos des divulgations de délibérations relevant de la sécurité nationale dans la presse.
« Ils courent après eux à chaque opportunité et avec une énergie jamais vue » rapporte Steven Aftergood de la Fédération des Scientifiques Américains.
Certains experts avancent que le gouvernement et le département de la justice peuvent ainsi essayer de calmer la communauté du renseignement après la colère née de la publication du rapport sur l’utilisation de la torture durant les interrogatoires et la réouverture d’enquêtes contre des membres de la CIA. D’autres disent que les services de renseignement sont terrifiés par des sites comme WikiLeaks, site sur lequel des informations classifiées peuvent être postées sans aucune chance pour les autorités de protester et de cacher des détails qui pourraient porter atteinte aux efforts des forces américaines.
Notablement et sans surprise, on peut citer le néo-conservateur Gabriel Schoenfeld – qui a passé des années à demander à ce que le ministère de la justice de Bush poursuive pénalement les informateurs et même les journalistes responsables de telles histoires comme avec la révélation sur la NSA dans le New York Times et qui a ensuite écrit un livre en faveur d’une plus stricte préservation du secret dans les gouvernements - qui n’arrête pas de louer l’actuel ministère de la justice d’Obama :
« Je pense que c’est remarquable », dit Gabriel Schoenfeld, « C’est le gouvernement qui arriva en promettant le maximum de transparence. Colmater les fuites n’est traditionnellement pas associé à de l’ouverture… Si Thomas Drake est condamné à la prison, Obama sera le premier président à envoyer deux informateurs en prison durant son mandat. Cela n’est jamais arrivé jusque là… »
Ce n’est pas difficile de comprendre cette position d’Obama contre les fuites. Il n’y a qu’à voir la première page du New York Times du 25 mai qui relate un ordre secret émanant du général David Petraeus ordonnant de vastes opérations des forces spéciales dans plusieurs pays du Moyen-Orient incluant des « alliés » tels que l’Arabie Saoudite et le Yémen et des « ennemis » tels que l’Iran et la Syrie. Pour les experts sur l’Iran Flynt Leverett et Hillary Mann Leverett cela constitue « une intensification de la guerre secrète américaine contre l’Iran ». C’est de la même manière que l’on a eu connaissance d’une guerre du renseignement au Yémen (sans parler de celle au Pakistan). La majorité de ce que fait le gouvernement américain et qui a une réelle signification est ce qu’il fait dans l’ombre. Les informateurs sont l’un des derniers moyens d’être tenus au courant de ces activités secrètes. Et les politiciens qui sont avides de préserver leur pouvoir et leur possibilité d’agir dans l’ombre – tel que Barack Obama - voient les informateurs comme leurs ennemis numéro un.
Donc nous avons une série de poursuites agressives de la part de l’administration Obama sur des fuites à propos d’abus et d’actes illégaux perpétrés durant l’ère Bush - actions qui violent de manière flagrante le décret « Look Forward, Not Backward » d’Obama utilisé pour protéger des criminels haut-responsables de l’administration Bush. Comme l’a suggéré John Cole, peut-être que si ces informateurs avaient torturé quelques personnes et en avaient espionné illégalement quelques autres, ils auraient reçus l’immunité qu’Obama a si magnanimement et sélectivement accordé. Au lieu de ça, ils ont tout simplement révélé des secrets gouvernementaux à propos de corruption et d’actions illégales à travers le monde et doivent ainsi être punis.
Alors qu’il est vrai que ces fuites peuvent être dommageables et illégales, ces poursuites sont menées sans aucune preuve d’une quelconque répercussion sur la sécurité nationale et les fuites montrent largement qu’elles sont faîtes dans le but de mettre à jour des comportements scandaleux de haut-responsables. Certains secrets sont légitimes, mais la balance pèse tellement en faveur du secret absolu qu’il est extraordinaire de voir l’administration Obama pousser plus loin la lutte contre les informateurs que ce qu’a pu faire l’administration Bush.
Ce qui fait que ces toujours plus nombreuses actions contre les informateurs sont notables est qu’Obama, durant sa carrière au Sénat et sa campagne présidentielle, simula un sérieux soutien pour les informateurs. Aujourd’hui, Jesselyn Raddack, une informatrice au sein du ministère de la justice durant l’administration Bush, ajoute : « Bush harcelait impitoyablement les informateurs alors qu’Obama les poursuit et les condamne à la prison ». A noter que durant la campagne présidentielle, Obama avait fait l’engagement suivant :
« Protéger les informateurs : souvent la meilleure source d’information à propos des gaspillages, fraudes, et abus dans les gouvernements est un employé intègre de ce gouvernement qui parle librement. De tels actes de courage et de patriotisme, qui peuvent parfois sauver des vies et de l’argent des contribuables, devraient être encouragés plutôt que réprimés. »
Tout cela montre que les informateurs auraient du être protégés plutôt que poursuivis sous l’administration Obama. Comme le Post le résume : « il y a une foule d’éléments qui font croire aux informateurs que leur futur sera meilleur que leur passé. » Il semble maintenant qu’ils sont désabusés dans de telles attentes. Si l’on porte un regard historique sur la suite des évènements, il semblerait que le travail des républicains est de faire passer des lois augmentant le pouvoir de l’état tandis que le travail des démocrates est de consolider et systématiser ces lois. Loin de décrier les supposés « excès » de l’administration Bush, le gouvernement d’Obama a relevé – avec réussite – ces « excès » pour les fortifier et les codifier.
- D’après l’article « War on whistle-blowers intensifies » de Glenn Greenwald, auteur de plusieurs best-sellers principalement sur le gouvernement Bush : How Would a Patriot Act ?, A Tragic Legacy et plus récemment Great American Hypocrites.

